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Au-delà des grandes scènes : photographier des « paysages intimes »

Ma relation avec la photographie de nature et de paysage a grandement évolué au cours des dernières années. D’abord attirée par ce qu’on pourrait appeler les grand vistas, mon attention s’est progressivement élargie pour explorer d’autres avenues plus près des détails des différentes scènes rencontrées. C’est au cours de cette recherche que j’ai pris connaissance de ce qui est appelé les « paysages intimes » – ou « intimate landscapes » en anglais.

Le concept

S’éloignant du paradigme dominant de la photographie de nature qui aborde les paysages de façon scénique, les représentant souvent dans la démesure, les « paysages intimes » focalisent plutôt sur certaines particularités d’une scène. L’approche est relativement récente dans l’histoire de la photographie. Elle s’est graduellement développée durant le 20e siècle, tirant ses racines dans les ouvrages de photographes comme Minor White, Harry Callahan, et plus spécifiquement dans ceux de Eliot Porter. Le travail distinctif de celui-ci pava une nouvelle façon d’aborder la photographie de nature, ce que les critiques appelèrent, à l’instar de son livre paru en 1979, les « paysages intimes ».

Sans avoir de définition officielle, lorsque l’on étudie le travail de Porter, on comprend que le concept  de « paysages intimes » possède certains traits distinctifs. L’un d’entres eux, et probablement le plus évident, concerne l’espace dans lequel les photographies s’inscrivent. Les « paysages intimes » ne couvrent pas de larges et vastes étendues, mais ils ne constituent pas non plus de photographies macros. Ils se situent plutôt quelque part entre ces deux approches. En effet, Porter se concentrait plutôt sur les caractéristiques d’une scène plutôt que sur les grands attributs des panoramas (montagnes, océans, etc.), ou encore sur le très petit. Son attention était dirigée vers les textures, les couleurs ou encore les motifs, photographiant par exemple des fractions de forêts, des mousses et lichens recouvrant les rochers, ou toutes autres parties d’un paysage ayant des particularités jugées intéressantes.

Deux photographies de Eliot Porter.

Cette considération pour les détails mena Porter à fréquemment évacuer les ciels ou les horizons, le conduisant couramment à créer des photographies plus abstraites et moins directives dans la définition d’un sujet. Il portait de ce fait une attention particulière pour ses compositions, organisant méticuleusement les caractéristiques d’un endroit à l’intérieur du cadre afin de les présenter de façon esthétique. Son approche allait à l’essentiel. Son objectif était de communiquer la beauté de la nature par l’entremise des attributs symbolisant des scènes plus grandes.

Photographier des « paysages intimes » – Quelques astuces

Si Porter a été le réel précurseur des « paysages intimes », cette façon de capter la nature a évolué depuis les dernières décennies. Elle est devenue un véritable domaine de la photographie de paysage en plus d’être une façon différente d’explorer et de représenter la nature.

Aussi intéressant que ce type de photographie puisse être, il peut toutefois être difficile d’y plonger lorsque l’on commence à s’y intéresser. Pour ceux et celles qui désirent explorer cette approche, voici donc quelques petits conseils pour s’y retrouver.

La recherche

L’exploration d’un paysage dans l’intention de le photographier se fait généralement en recherchant les imposants arrière-plans et les avant-plans distinctifs permettant au photographe de guider le spectateur à travers la scène. Dans le cas de « paysages intimes », l’attention change toutefois pour considérer l’avant-plan comme un paysage en soi. Recherchez les textures, les couleurs, les motifs, les formes, les reflets, ou toutes autres caractéristiques qui sont esthétiques et qui sont à la portée de votre objectif.

Notez que ce genre de photographie est particulièrement accessible puisque ces « paysages intimes » peuvent se retrouver un peu partout, y compris près de chez vous, que ce soit par exemple dans le boisé du coin ou encore dans votre jardin. La seule condition est d’être disposé à chercher ce genre de scènes.

La végétation poussant difficilement à travers le sol des Tablelands, dans le Parc National de Gros Morne.
Des fougères captant sélectivement la lumière passant à travers la canopée.

La lumière

La lumière n’était pas vraiment importante pour Porter. Ses photographies étaient généralement captées durant des journées ennuagées ou à l’ombre. Cela ne signifie cependant pas que les heures magiques ne doivent pas être considérées. Bien au contraire, elles peuvent fournir des opportunités uniques pour créer des photographies intéressantes.

Ce qu’il faut cependant retenir, c’est que, contrairement à une approche plus traditionnelle de la photographie de paysage, les « paysages intimes » peuvent être pris à n’importe quel moment et la lumière n’est pas nécessairement aussi décisive que dans d’autres domaines photographiques.

Le vent balayait violemment la neige, ce qui créant des textures particulières.
La force de l’eau créant d’intéressantes formes dans la pierre.

La composition

La composition est élément extrêmement important dans n’importe quel type de photographie. C’est ce  qui fait en sorte qu’une photo communique bien l’intention du photographe. Dans le cas des « paysages intimes », comme une scène peut souvent être chargée de détails et que ceux-ci peuvent paraître désordonnés, bien composer devient un acte primordial pour que la photographie soit compréhensible aux yeux du spectateur.

Une attention toute particulière est donc portée à bien choisir et organiser ce qui sera inclus à l’intérieur du cadre. Pour ce faire, l’utilisation de focales plus courtes ou le fait de se rapprocher davantage permet au photographe d’isoler les parties de la scène jugées intéressantes en plus de faciliter le cadrage.

De plus, comme l’attention est rivée sur les détails d’une scène, ce type de photographie se prête particulièrement bien aux abstraits. La photographie devient en quelque sorte auto-explicative et ne suggère pas un monde allant au-delà de ce qui est capté dans le cadrage.

Les jeux de reflets et de formes donnant une ambiance éthérée et abstraite.

En terminant

Les « paysages intimes » sont une façon intéressante d’aborder la photographie de paysage. Ils permettent au photographe de porter attention aux détails à proximité, ainsi que de développer son oeil et sa sensibilité à la nature dans ses particularités. Afin de stimuler votre imagination ou pour en apprendre plus sur ce qui a été abordé plus haut, je vous laisse sur quelques suggestions de lecture.

Si vous avez des questions et des commentaires, je vous invite à commenter dans l’espace ci-dessous ou à me contacter via courriel.

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Bouquins et ressources

Cassidy, Victor M. Harry Callahan: The Photographer at Work, Lens Culture.

Martineau, Paul (2012) Eliot Porter: In the Realm of Nature, Getty, L.A.

Porter, Eliot (1979) Intimate Landscapes : Photography by Eliot Porter, Met Museum, NY.

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