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Le pagayeur – l’histoire derrière la photographie

Malgré toute la planification possible, il est rare en photographie de paysage d’obtenir le résultat exact qu’un photographe avait visualisé. C’est que les aléas de Dame Nature et les imprévus sont nombreux et incontrôlables. On pourrait cependant dire que c’est ce qui rend ce type de photographie si excitante. Les imprévus sont en effet un moyen de stimuler son processus créatif et c’est ce qui fait qu’une photographie puisse devenir extrêmement intéressante et satisfaisante. D’ailleurs, Ansel Adams développait avec éloquence dans The Camera (1995) 1)Adams, Ansel (1995) The Camera, Little, Brown que la visualisation et la planification d’une photographie ne doivent pas être prescriptives et que le photographe doit laisser place à la créativité.

« Le pagayeur », cette photo prise en juillet dernier, suit parfaitement ce processus. Même avec une bonne planification, une certaine improvisation a été requise afin d’en venir au résultat final qui, disons-le, s’éloigne de ce qui avait été imaginé au départ. Dans les lignes qui suivent, je vous expliquerai brièvement l’histoire et le processus créatif derrière cette photo. Ce sont vos commentaires, questions et réactions qui m’ont donnés l’idée d’écrire sur ce sujet. 

L’évolution d’une idée

Depuis que je m’investis dans la photographie de paysage, je tiens un carnet d’endroits que je trouve intéressants avec les moments où il serait adéquat de les photographier. Ce lac, situé dans la Réserve faunique des Laurentides, y est présent depuis un bon moment. Avec son emplacement et son orientation, je savais qu’il serait particulièrement intéressant durant l’été pour y photographier la Voie Lactée d’autant plus que les montagnes le ceinturant offriraient un certain rempart aux vents qui pourraient souffler sur cet endroit. 

Avec une nuit fraîche mais dégagée au programme, mon ami David (présent sur plusieurs de mes photos de nuit) et moi partions donc pour ce coin reculé de Charlevoix. Nous allions arriver en fin d’après-midi, ce qui allait nous donner du temps pour établir notre campement et explorer les environs. L’idée de départ était relativement simple. J’avais l’intention de photographier la Voie Lactée ainsi que son reflet sur le lac. J’allais utiliser le quai comme un des éléments forts de la composition afin de guider l’oeil vers l’horizon et, ultimement, vers le ciel étoilé.

La fenêtre d’opportunité était relativement mince. Le soleil se couchait à 20h37 et le crépuscule astronomique, moment à partir de lequel où la Voie Lactée allait gagner progressivement en clarté, commençait 22h08. En temps normal, ceci ne serait pas problématique, mais une lune gibbeuse à 77 % allait se lever à 23h04, produisant assez de pollution lumineuse pour rendre impossible une bonne photographie du ciel étoilé. Mon temps était donc restreint.

À partir d’environ 21h, David et moi avons commencé à travailler sur la composition initialement imaginée. Un double problème se présenta cependant. D’un côté, depuis ma première visite, il y a quelques années, la forêt avait grandement poussé. Je ne pouvais donc pas me positionner en amont du quai sans avoir plusieurs branches et herbes qui bousilleraient ma composition. M’avancer devenait problématique dans la mesure où je n’aurais pas la longue ligne directrice que j’avais imaginée dans ma composition et que d’arriver à l’hyperfocale deviendrait quasi impossible. De l’autre côté, j’avais mal calculé la position que la Voie Lactée aurait avant que la lune la fasse disparaître de sorte que ce que j’avais en tête ne pourrait pas fonctionner.

Je devais penser, et rapidement. C’est alors que David et moi avons donné une chance à un deuxième plan discuté durant le début de soirée : essayer de créer une photographie avec la barque. Plusieurs défis se posaient toutefois.

La réalisation

Après avoir étudié brièvement la position qu’allait occuper la Voie Lactée, j’avais une idée relativement précise de comment je voulais composer ma nouvelle photographier. Comme les éléments structurels (les montagnes et l’horizon) de la scène et certains points forts (la Voie Lactée et son reflet) étaient placés sur l’horizontal, le format paysage était préconisé. La barque et le personnage devaient quant à eux être cadrés de façon à ce qu’ils équilibrent la Voie Lactée et son reflet placés de l’autre côté. Ils devaient également s’orienter vers la Voie Lactée de façon à suggérer une liaison entre les deux. Leur positionnement en-dehors de l’ombre de la montagne allaient m’assurer une bonne définition d’eux. 

La lumière dans la barque allait ajouter à la photographie, et ce, de deux façons. D’un point de vue esthétique, cela allait donner davantage de définition à l’embarcation et au personnage, rendant plus facile la lecture de la photographie. Puis, narrativement parlant, la lumière allait établir un lien avec les deux autres sources lumineuses, soit la Voie Lactée et la pollution lumineuse au-delà des montagnes, insinuant une connexion entre le personnage et les autres points forts de la photo. Elle favoriserait aussi un côté atmosphérique, guidant l’interprétation de la photo vers quelque chose de surréel, quasi mystique.

Le concept était choisi, la composition également. Le temps avançait et nous avions fait quelques essais sans avoir réussi la photo. C’est qu’aussi simple que pourrait paraître la réalisation, nous devions faire face à un problème majeur : il était extrêmement difficile de stabiliser la barque. Compte-tenu de la profondeur du lac, nous ne pouvions pas accoster la barque sur un rocher qui aurait immobilisé le tout. Nous avions cependant deux ancres qui étaient fixés à chaque extrémité de l’embarcation, mais la simple respiration pouvait la faire dériver le tout de quelques centimètres à plusieurs mètres. De plus, le long temps d’exposition ne favorisait pas les erreurs. Me basant sur la Règle du 500 2)Pour ceux et celles qui s’intéressent à la photographie nocturne, j’ai écrit un article sur la Règle du 500, essentielle pour prendre des photos de ciels nocturnes., j’avais étendu mon temps d’exposition à 30 secondes, ce qui pouvait représenter une éternité pour David.

Après plus de 30 minutes d’efforts et d’erreurs, David a finalement eu la brillante idée de fixer les cordes des ancres sur ses pieds, lui permettant de « contrôler » la stabilisation de la barque. Il n’en fallut pas longtemps pour que je puisse par la suite réaliser la photographie que vous voyez ci-dessus. La lune se leva que quelques minutes après que David ait regagné la rive. Nous étions emballés par le résultat.

La touche finale

Le développement de la photographie a été relativement rapide et simple puisque les éléments forts étaient bien définis et peu nombreux. Le travail s’est majoritairement axé sur le renforcement des sources de lumières, soit la Voie Lactée, son reflet, la pollution lumineuse et la lumière de la barque. L’objectif était de bien établir le lien souhaité lors de la prise de la photo. L’aspect 16:9 a été quant à lui choisi afin d’évacuer certaines parties vides et moins intéressantes de la photo, en plus de mettre davantage l’accent sur les lignes horizontales.

Réflexions et commentaires

Il est parfois difficile de s’imaginer tout le travail derrière une photographie, qu’il soit technique ou créatif. J’espère que ce billet vous a intéressé et vous a éclairé sur ma démarche. Si vous avez des interrogations ou des commentaires, vous pouvez écrire dans l’espace prévu ci-dessous ou me joindre aux coordonnées placées à la fin de ce paragraphe.

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« Moment Magique », par Henriette Gagnon

« Moment magique », une peinture signée Henriette Gagnon

Quelques jours après avoir posté cette photographie, l’artiste-peintre Henriette Gagnon me contactait pour pouvoir s’en inspirer pour une peinture. Je vous fait part de sa superbe interprétation intitulée « Moment magique ». Vous pouvez voir davantage de son travail à cette adresse.

Notes   [ + ]

1. Adams, Ansel (1995) The Camera, Little, Brown
2. Pour ceux et celles qui s’intéressent à la photographie nocturne, j’ai écrit un article sur la Règle du 500, essentielle pour prendre des photos de ciels nocturnes.

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